À Fessenheim, les risques ne sont que… survolés !

Selon une information, toute officielle, adressée le 25 mai 2018 par la Direction de la centrale nucléaire de Fessenheim au Cabinet du Préfet et à la CLIS (Commission Locale d’information et de Surveillance) de la centrale nucléaire de Fessenheim, « une présence illégale d’un aéronef a été détectée par des gendarmes du PSPG (Peloton Spécialisé de la Protection de la Gendarmerie) sur le périmètre aérien de la centrale, jeudi 24 mai peu avant 23h00. » Ce communiqué indiquait que « les pouvoirs publics ont été prévenus et la surveillance du site renforcée » et, selon une formule bien consacrée chez EDF se voulait rassurant : « Ce survol n’a eu aucune conséquence sur la sûreté et le fonctionnement des installations », ce qui signifie en l’occurrence que :
– le réacteur n°1 a pu continuer de « fonctionner », mais comme toujours en « mode dégradé » du fait des anomalies affectant les fonds de cuves des 3 générateurs de vapeur ;
– le réacteur n°2 est resté en panne, comme il l’est depuis le 21 mai, en raison d’un problème sérieux sur une carte électronique (ce qui a provoqué un arrêt automatique et subit, malvenu lorsque l’on sait que les aciers trop carbonés du GV 335 ne doivent surtout pas subir des variations importantes de température).

Bref, quand bien même sait-on que souvent EDF minimalise les problèmes, l’information a été faite, comme l’y obligent les textes en vigueur. A leurs tours, les membres de la CLIS en ont été alertés, rien de plus normal, et la publication de cette information n’ayant pas de conséquences aggravantes, je l’ai relayée sur Twitter au nom de la « transparence sur l’information nucléaire » à laquelle les citoyens ont bien droit également. Voir https://twitter.com/AndreHatz/status/1000017508462743552

Pour que cet article soit complet, vous trouverez ci-joint la lettre d’EDF au Préfet.
FSH2-2018.05.21 EDFMeldung20180521_Fessenheim

Alertée par mon tweet, la presse locale a publié l’information (DNA du 27.05.2018).

Parfait ! Mais voici que les « ufologues » s’en sont mêlés et parmi eux l’ancien journaliste Jean-Claude Bourret, passionné des OVNIs, qui a appelé les DNA pour signaler que le même jeudi « des phénomènes étranges avaient été observés au-dessus de la centrale de Fessenheim (voir l’article joint).
2018.05.27 DNA La centra survolée par un aéronef

Puis, à son tour, le site spécialisé NuréaTV s’est lancé dans l’hypoyhèse nourrie des OVNIs, voir https://www.nurea.tv/video/ovnis-au-dessus-de-la-centrale-nucleaire-de-fessenheim/

Et puis, l’association MUFON France, qui est un réseau d’enquête et de recherche international du phénomène OVNI, m’a contacté. Voir leur site ici : http://mufonfrance.com/decouvrir-le-mufon/

Je n’avais évidemment rien à lui apporter d’autre que les éléments factuels indiqués plus haut et lui ai recommandé d’aller interviewer les gendarmes du PSPG, pour peu qu’ils ne soient pas réduits au silence pour question de « secret défense ».

On pourrait en rire, mais il faut toutefois se rappeler que des événements comparables ont déjà eu lieu à Fessenheim.

Ainsi, le vendredi 13 mars 2015 vers 16h, un survol d’avion a été constaté à deux reprises au-dessus de la centrale « à moyenne altitude ».

Rappeler aussi qu’en août 2014, c’est bien plus simplement un jeune pilote suisse qui s’était un peu trompé dans son plan de vol… et surtout rappeler que l’aérodrome de Bremgarten est situé sur la rive allemande du Rhin, juste en face de la centrale, à peine à 3 Km, alors que… notre ministre de l’Intérieur affirmait allégrement que la zone d’exclusion aérienne est de 5 Km. On en rirait, si la volonté de rassurer à tout prix n’était aussi mensongère !

La situation de ces survols ne doit pas être prise à la légère, car nous nous souvenons que des drones avaient survolé il y a quelques années onze sites nucléaires français (dont Fessenheim !). Je vous invite à parcourir l’étude de Greenpeace, très bien documentée, intitulée « Le risque venu du ciel – des drones survolent et menacent les centrales nucléaires françaises » téléchargeable ici : https://www.sortirdunucleaire.org/IMG/pdf/greenpeace-2014-le_risque_venu_du_ciel-des_drones_survolent_et_menacent_les_centrales_nucle_aires_franc_aises.pdf

Il faut bien avoir à l’esprit que le risque terroriste existe désormais partout et que les centrales nucléaires sont des sites particulièrement sensibles. A Fessenheim, c’est la bougie sur le gâteau : non seulement il y a le risque aérien, avec une centrale prototype dont les enceintes sont particulièrement faibles et les 2 piscines de désactivation du combustible recouvertes de simples bardages en tôle (inconscience absolue !), mais il y a aussi la présence du Canal d’Alsace où les péniches s’arrêtent avant éclusage… juste en face de la centrale. Et celles-ci ne sont jamais contrôlées par le PSPG et si rarement par la brigade fluviale !

Survol aérien de la centrale ou survol institutionnel du risque inhérent au site, lequel est le plus dangereux ?

Les survols de drones, d’avions, d’aéronefs ou d’OVNIS sont-ils les plus dangereux ? J’affirme pour ma part qu’il est un autre SURVOL tout aussi dangereux : c’est celui que le lobby et ses ramifications institutionnelles font de tous les dangers intrinsèques à la centrale elle-même. Lorsque l’Autorité de Sûreté Nucléaire autorise le redémarrage de réacteur n°2, alors qu’il est clairement établi que l’acier du générateur de vapeur GV 335 est trop carboné et qu’elle refuse d’attendre la contre-expertise demandée par la CLIS, j’affirme que le risque encouru par les populations n’a été que… survolé. Par l’instance qui, justement, devrait piloter la situation !!! Et je m’interroge sur ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui : le survol d’aéronefs, ou bien le « survol » du risque, si vite bâclé par l’ASN ?

Espérons sincèrement, que ni l’un ni l’autre ne porteront à conséquences graves pour la sécurité des populations de part et d’autre du Rhin. Mais de ceci nous ne serons assurés, que lorsque Fessenheim sera ENFIN mise à l’arrêt et son combustible nucléaire totalement retiré.

André HATZ