Au pain et à l’eau contre la Mort atomique

Nous connaissons tous la détermination de Gustav ROSA qui, tous les lundis soirs organise une « Manhwache » (veille de rappel) à Breisach, pour exiger la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Et nombreux sont ceux qui ont à l’esprit la… 350ème (!) veille, célébrée solennellement le 1er janvier 2018 dans l’église de Breisach que le pasteur avait mise à disposition des antinucléaires en soutien à leur lutte, nécessaire à la sécurité des populations.

Mais voici que l’intolérable est arrivé ! En cause, l’attitude incompréhensible de l’Autorité de Sûreté Nucléaire.

Celle-ci s’était déjà montrée incompétente, en se satisfaisant 4 années durant de contrôles documentaires, ce qui l’avait amenée à agréer un générateur de vapeur (le GV n°335) équipant le réacteur n°2 de Fessenheim. Or, une virole de ce GV, fabriquée par les Ateliers des Forges du Creusot, était constituée d’un acier beaucoup trop carboné ! Et l’ASN s’était laissé tromper par des certificats frauduleux. La conséquence aurait pu être terrifiante car, en cas de variation rapide de la température, nous courions tous le grave risque de rupture du générateur de vapeur… sans aucune parade possible ! Ainsi, 4 années durant, les millions d’habitants de la plaine du Rhin ont été soumis à ce risque du fait de l’aveuglement de l’ASN.

La suite est connue : EDF a arrêté le réacteur n°2 le 13 juin 2016 puis, en juillet 2016 l’ASN a interdit son redémarrage et le réacteur 2 de Fessenheim est resté en arrêt complet… sans qu’aucun Alsacien ne s’éclaire à la bougie près de 22 mois durant.

Mais voici que, sous la pression d’EDF, l’ASN a cédé. Ce 12 mars 2018, l’Autorité a rétabli l’agrément suspendu sans qu’aucune modification n’ait pourtant été apportée à l’installation. La pirouette a tout simplement consisté à autoriser la fabrication de 2 vraies « fausses pièces » et à les tester, pour valider la fausse « vraie pièce ». En d’autres termes, le gendarme a validé le stratagème du fraudeur ! Le tour était joué, malgré les protestation d’un expert (Yves MARIGNAC), malgré la contre-démonstration d’un scientifique (Jean-Marie BROM) devant la CLIS… malgré les appels des associations environnementales.

Le réacteur a donc été remis en marche au terme d’un arrêt de… 666 jours. Le diable se cache-t-il derrière ce chiffre ?

En tous cas, Gustav ROSA refuse, comme d’autres, l’intolérable ! Aussi, pour protester et alerter l’opinion publique, il vient d’entreprendre un jeûne d’une semaine, sur la Neutorplatz de Breisach, ne s’alimentant qu’à l’eau et au pain. Il est accompagné dans son combat par Pierre ROSENZWEIG, membre de STOP FESSENHEIM, qui chaque année jeûne contre les armes nucléaires. Et par quelques autres qui l’accompagnent un bout de chemin… Si vous le pouvez, allez le soutenir.

L’action est hautement symbolique : « Mit Wasser und Brot gegen den Strahlentod » (au pain et à l’eau contre la Mort atomique). Puisse-t-elle appeler au moins l’ASN à retrouver un tant soit peu d’éthique ? Et à décider de fermer (enfin !) définitivement Fessenheim, ce qui lui restituerait ce qu’elle a désormais perdu : sa crédibilité !

 

André Hatz